Les Survivant-e-s. (les vrai-e-s)

[TW : viol, agression sexuelle, violence conjugale, suicide]

J’ai décidé d’en parler. Après des mois de silence qui ont suivit une période de déni après la dernière agression que j’ai subie ; je ne m’en cache plus.

 « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. » Articles 222.22 et 222.27 du Code pénal

« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol. » Article 222.23 du Code pénal.

J’en ai subit plusieurs dans ma vie ; que ce soit avec force dans un couloir de mon lycée ; encore plus violemment par un « petit ami » pour se réconcilier ; sobre ou très alcoolisé-e ; endormi-e ou totalement conscient-e ; avec beaucoup de peau exposée ou non ; avec ou sans maquillage ; chez moi ou ailleurs ; de jour comme de nuit ; avec des personnes que je connaissais bien ou que je voyais pour la première fois.

Le consentement expliqué avec du thé

J’ai souvent trouvé des excuses et pensé que la faute était la mienne  ; celle de mon comportement ; de mon look… alors que je suis le genre de personne à jeter la première pierre sur celleux qui cherchent à rendre coupable les victimes et dédouaner les vrais coupables comme on le fait souvent avec des agresseurs célèbres, d’autant plus si on les juge talentueux (Roman Polanski, David Bowie,  Woody Allen, Bill Cosby, Serge Gainsbourg qui n’hésita pas à embrasser de force sa propre fille sur le bouche lors d’une cérémonie ou encore Gabriel Matzneff qui clame sans soucis son amour des jeunes enfants dans ses livres n’en sont que quelques exemples )

C’est ça la culture du viol, ça fait que les victimes se cachent, sont blâmé-e-s quand iels parlent parce que le seul but serait de détruire des carrières et récupérer des fortunes (ce qui, soyons honnête n’arrive jamais, et ne serait que justice si c’était le cas) mais en vrai leur carrière continue, on leur décerne des prix et certains deviennent même présidents.

La culture du viol fait aussi qu’on ose pas porter plainte, car la police et la gestion des crimes sexuels, c’est rarement ça, surtout si on est visiblement une femme, qu’on avait bu et qu’on voulait juste cuver dans un coin en soirée parce qu’il fallait s’attendre à ce que les pulsions de certains les poussent à venir profiter de fait que vous soyez inconscient-e.

La culture du viol fait qu’on peut nier les faits, trouver des excuses, se dire qu’on fait touste des erreurs, jusqu’à ce qu’on en parle et qu’on découvre qu’il y en a d’autres dans le même cas, parfois avec les mêmes personnes.

La culture du viol fait que lorsqu’on en parle, on pourra aussi nous dire que c’est de notre faute, que cette tenue est trop sexy, qu’on devrait pas se promener la nuit, qu’on devrait apprendre à se battre (même avec un handicap qui nous empêche déjà de faire du vélo ou courir), qu’on cherche à se vanter (oui, le beau gosse, même si il très moche à l’intérieur est souvent encore plus défendu quand il fait de la merde, voyez Johnny Depp quand il est accusé de violence conjugale) ou que c’est pas possible, c’est un type adorable, en plus vous n’êtes clairement pas son genre, il a déjà une copine dont il est éperdument amoureux. Bref vous vous sentirez soudainement un peu « Cassandre ».

La culture du viol fait aussi qu’on ne comprend pas que vous vous sentiez mal, déjà quand on en parle, mais aussi lorsqu’on « blague » sur ce sujet parce qu’après tout, vous l’avez bien cherché et puis c’est vrai, pourquoi s’emmerder à draguer quand on peut profiter d’une personne inconsciente ou qui n’est pas en pleine possession de ses moyens et puis on peut rire sans cautionner le viol (Non, on rit parce qu’on pense que c’est effectivement vrai et que le ressort comique ce base là dessus, sinon on ne voit pas en quoi c’est drôle)

La culture du viol fait que ce sont les victimes qui ont honte, se cachent et veulent mourir quand les coupables continuent tranquillement de vivre, de fréquenter des lieux et des personnes que vous aimez qui ne se doutent de rien et pourrons même trainer dans des lieux militants en toute impunité parce que l’indécence ne les arrêtes pas.

Les agressions sexuelles et viols provoquent des blessures morales qui ne guérissent pas ; des souvenirs douloureux qui remontent au quotidien devant des taches blanches sur du linge noir, des chemins empruntés le mauvais soir, des paroles entendues, des musiques, des films, des bruits, des odeurs..

Les agressions sexuelles et viols provoquent de la peur quand vous rencontrez une nouvelle personne, que vous l’invitez chez vous, qu’iel vous touche. De la peur parce que vous savez que ça peut arriver n’importe où, n’importe quand, avec n’importe qui.

Mais ce n’est pas à nous les victimes, d’avoir honte, d’avoir peur, de se priver de vivre librement.

J’ai survécu et je ne m’en cacherai plus.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s